10/12/2017

Coupable?

 Philippe Jaenada a reçu le prix Femina pour son roman " La Serpe" . Pour découvrir cet écrivain, j'ai lu "La petite femelle" , écrit auparavant. Un pavé de 721 pages... On hésite à le commencer: trop long, écriture dense, peu de dialogues! Un peu rédhibitoire certainement. Mais une fois lancée dans la découverte, car c'est bien de ça qu'il s'agit, c'est comme si on avait attrapé la grippe. On devient un peu fiévreux, avec des hauts, des bas, des accès  de découragement et des montées de températures irrésistibles. L'histoire retrace la chute de Pauline Dubuisson, une jeune femme très belle, calculatrice, arriviste, avec une indéniable frénésie de sexe, à commencer par les boches, avant d'arriver au jour fatal où elle tue son amant. Un jeune homme bien sous tout rapport. Les journaux en font leurs choux gras, les commissariats regorgent de rapports, contre-rapports, témoignages vrais et fausses vérités.

Alors dans cet énorme fatras, Philippe Jaenada suit Pauline et ses proches pas-à-pas à l'aide de documents toujours vérifiés. Il investigue avec une minutie quasi obsessionnelle et bienveillante le parcours incroyable de cette jeune femme, condamnée avant d'avoir été jugée. A-t-elle tué de sang froid, était-ce un acte prémédité. Elle a toujours affirmé qu'elle voulait se suicider et qu'un geste malheureux de son amant a fait se retrouner l'arme contre lui... Personne ne peut vraiment le savoir.

Tout se ligue contre elle. et c'est cette descente aux enfers qui est narrée par l'écrivain, avec des pointes d'humour, une autodérision toujours présente et des digressions bienvenues.

Je n'ai pas encore fini l'histoire, mais elle trop bien et écrite de manière trop originale pour que vous la loupiez.

Une écriture fluide, une reconstitution chirurgicale et un fait divers somme toute trivial en font un roman fort et marquant.

Philippe Jeanada a suivi un le même schéma pour " La Serpe" , un meurtre réel à coup de .... Qui est le vrai coupable?

 

 

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15/08/2017

Petit musée deviendra grand

Le musée du Léman à Nyon est modeste par ses dimensions, mais riche de par son contenu. Sauvetage, plaisance et fêtes de la navigation, régates et bateaux à vapeur, vieux gréements et histoire des barques. En peu de temps, vous découvrez tout ce qui fait la richesse et l'intérêt du Léman. Si on y ajoute une salle consacrée aux Piccard et à leurs formidables innovations, vous obtenez un beau panorama de votre lac favori. Il ne faut pas oublier les collections vivantes: de grands aquariums présentant les divers milieux aquatiques et leur faune piscicole. Même une silure de belle envergure vous fera de l'œil.

Qui dit lac, dit baignade. Une exposition temporaire, baptisée évidemment "Plouf", relate avec humour l'épopée (parfois burlesque) du barbotage dans le Léman. Mais ce musée n'a pas l'intention de stagner et de devenir poussiéreux. Une fondation présente le projet Noviodunum pour l'agrandissement des lieux."Grâce à cette extension, le musée sera mieux adapté aux missions éducatives et scientifiques d'aujourd'hui. Les collections seront mises en valeur et le public accueilli dans de meilleures conditions", dixit le syndic de Nyon, Daniel Rossellat.

Devisé à 36 millions, le projet est ambitieux et enthousiasment. Oui, mais pas pour tout le monde. Une opposition, une seule, freine le processus. Elle émane d'un voisin... Alors voilà, comme souvent les intérêts privés menacent les intérêts publics ou du moins retardent leur réalisation. Souhaitons qu'un terrain d'entente soit trouvé assez vite, car les travaux sont planifiés en 2017 et 2018.

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31/07/2017

Les chemins noirs

Quand vous vous cassez un membre, un seul, vous ne discutez pas, vous vous pliez à la rééducation et à toutes les contraintes de votre état. Pas Sylvain Tesson, un formidable auteur atypique. Alpiniste, baroudeur en contrée lointaine, cet écrivain prolifique tombe d'un toit chez un ami à Chamonix. Alcool aidant, il chute de 8 mètres, il est en vrac. Côtes, vertèbres et crâne en miettes. Résultats, en plus des multiples fracture, une épilepsie qui le surprend n'importe quand. Et, cerise sur le gâteau, une paralysie faciale, qui le fait ressembler à un tableau d'inspiration cubique. Beau bilan qui en aurait mis plus d'un à terre. Pas Sylvain Tesson, caractère surprenant et aventurier sans limites.

 La médication hospitalière et la rééducation formatée, ce n'est pas pour lui. Il empoigne une carte de France et sélectionne les chemins noirs, ces parcours qui sillonnent le pays en dehors des grands axes et de l'asphalte. Et il se lance dans une recherche courageuse de la quête de soi et de la reconquête ses facultés motrices. Les débuts sont pénibles: douze heures pour quatre kilomètres. Entêté, le bonhomme continue d'imprimer sa trace sur une réseau de chemins campagnards, dans le vide et le silence. Il est rejoint pour quelques jours par un ami avec qui, il a "randonné" en Sibérie. Et finalement, il boucle son parcours de la Provence aux falaises d'Etretat, sous la pluie et le vent, dormant à la belle étoile.

Les "Chemins noirs" représentent une vraie quête de l'autonomie par soi-même. Une sorte de résurrection grâce à une méthode si personnelle qu'on ne peut la recommander à autrui. Cet écrivain aventurier a sorti dernièrement "Une très légère oscillation", éditions Equateur. Un bouquin que je me réjouis de découvrir.

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